Fnac
Une collection pour l'exemple II /
 un regard sur le monde
14 10 2017 ... 14 01 2018
vernissage / vendredi 13 octobre 2017 à 19h

La Fnac, première enseigne de vente de produits culturels, apporte une grande importance à la photographie avec la vente d’appareils, l’organisation de concours, la mise en place de galeries et la constitution dune collection photographique dès 1978... Comptant près de mille huit cents tirages, cette collection couvre les courants majeurs de l’histoire de la photographie. L’exposition propose d’en explorer trois axes, les avant-gardes des années 30, les humanistes et les représentants  de l’agence Magnum.

Lorsque Max Théret fonde la Fnac en 1954, il reconnaît avoir cherché à identifier l’enseigne avec un nom « qui claque comme Kodak ». Cette référence explicite à la photographie est le point de départ d’une implication qui ne se démentira pas durant plus d’un demi-siècle. Sous son impulsion, bientôt rejoint par André Essel, la photographie occupe une place centrale : vente de matériel photographique en 1956, organisation de concours photos destinés à ses clients, inauguration des galeries photo en 1969... Grâce à la circulation d’expositions itinérantes, de rencontres-dédicaces, l’édition, le soutien aux initiatives institutionnelles, la Fnac s’impose très rapidement et durablement comme un acteur majeur de la photographie en France et en Europe. Toutes ces initiatives ont des motivations diverses : vendre du matériel photographique bien entendu, soutenir la création et les artistes, apporter un regard décalé sur les autres biens culturels commercialisés par la Fnac, faire des magasins avant tout des lieux de vie et de débats culturels, donner à voir pour faire réfléchir à l’actualité.

À partir de 1978, la Fnac débute une collection qui ne cessera de s’enrichir, dont la constitution est assurée par Gil Mijangos, puis par Laura Serani. D’un premier abord très hétérogène, la collection montre bien la diversité de la photographie. La plupart des courants majeurs y figurent : humanisme, photographie de guerre, avant-garde des années 1930, photographie de mode, etc. Témoin de l’activité de ses galeries photo, la collection entend représenter les efforts de pédagogie déployés par la Fnac pour satisfaire les goûts de tous ses clients potentiels. La collection photographique de la Fnac reflète la photographie dans toute sa diversité, témoignage d’une certaine idée de son histoire. Ce qu’on y trouve surtout, c’est un certain regard sur le monde.

La modernité
Dans la collection de la Fnac, les figures tutélaires de la photographie des années 1930 occupent une place de choix. C’est à cette époque que la photographie acquiert ses lettres de noblesses : reconnaissance de la notion d’auteur, large diffusion éditoriale dans la presse ou dans des ouvrages monographiques. Il s’agit pour la marque d’inscrire sa collection dans l’Histoire de la photographie. Plus que n’importe quel autre auteur, Man Ray et ses expérimentations surréalistes (superpositions, solarisationsest largement représenté ( plus de 100 tirages sur les 1800 numéros de la collection ). D’autres acteurs majeurs viennent compléter ce corpus : Brassaï avec « Paris de nuit », André Kertész, Maurice Tabard, les débuts d’Erwin Blumenfeld ou la première photographie de Martin Muncaski publiée dans Harper’s Bazaar en 1934.

Les Humanistes
Dans les années 1980, le grand public s’enthousiasme pour la photographie humaniste qui devient « à la mode ». La Fnac n’est pas étrangère à ce phénomène. Elle participe à remettre en avant Edouard Boubat, Willy Ronis, Robert Doisneau, trois photographes français qui témoignent d’une certaine idée du Paris populaire de l’après guerre, poétique et tendre.

Photographier la mode
Depuis les années 1930, les photographes les plus novateurs collaborent régulièrement avec la presse féminine pour photographier la mode. Cette dernière sait s’entourer des artistes les plus créatifs pour dynamiser les maquettes des magazines. Man Ray travaille alternativement avec Vogue et Harper’s Bazaar , Erwin Blumenfeld est connu pour ses couvertures de Vogue entre 1941 et 1955. Plusieurs photoreporters s’essaient également à ce sujet. Pierre Boulat réalise un reportage sur la maison Yves Saint-Laurent, exposé dans les galeries Fnac en 1994. William Klein revient dans les années 1980 aux clichés de mode de ses débuts avec de grands contacts peints. D’autres artistes se consacrent exclusivement à ce type de photographie, tels Frank Horvat ou Henry Clarke. La Fnac proposera de nombreuses expositions autour de ce thème, reprenant ainsi à son compte le glamour de cette industrie et s’appuyant sur l’envoûtement qu’elle suscite pour attirer le public dans ses galeries et ses magasins.

Photographier les stars
La Fnac est d’abord une entreprise commerciale dont l’objectif est de vendre des produits culturels : films, livres, disques. À ce titre, les galeries photo sont les lieux privilégiés pour montrer les acteurs du monde artistique dont la Fnac diffuse les œuvres. Les portraits d’artistes emblématiques, par des photographes de renom, sont mis au service de la communication de l’entreprise. Pour le cinéma, les portraits d’icônes sont privilégiés : Marylin Monroe, Ingrid Bergman et Brigitte Bardot, photographiées par David Seymour, Léo Mirkine – spécialisé dans la photographie de plateau et les portraits de stars du cinéma –, Eve Arnold ou Yul Brynner. Mais les autres arts ne sont pas en reste, en témoignent les portraits des écrivains Jacques Prévert, Virginia Wolff, Samuel Beckett ou André Gide par Gisèle Freund, ceux du musicien Elvin Jones, ou des plasticiens Diego Rivera et Joseph Beuys présents dans la collection.

L’Agence Magnum
Fondée en 1947 à l’initiative de Robert Capa, l’agence Magnum est une coopérative de photographes décidés à supprimer les intermédiaires entre les photographes et les diffuseurs, afin que les membres de l’agence restent maîtres de la gestion de leurs droits. L’entreprise défend et met en avant les photographes qui proposent un regard singulier, original. La Fnac soutient les auteurs et les artistes depuis sa création en organisant des rencontres, des tables rondes, des séances de dédicaces, des expositions et commercialise le fruit de leur production. Leur collaboration était donc évidente et a duré plus de dix ans. Elle s’est traduite par plusieurs expositions et par l’acquisition de nombreuses pièces pour la collection photographique de la Fnac.

Accompagner la création contemporaine
Les galeries photo de la Fnac ne mettent pas uniquement en avant des photographes déjà consacrés. La Fnac apportera un soutien marqué à de nombreux photographes indépendants, empreints d’une démarche individuelle, aux discours originaux, à l’approche plasticienne plus affirmée. Jean-Christophe Béchet, Denis Dailleux, Bernard Descamps, Isabel Muñoz ou Max Pam bénéficieront tous d’expositions et d’un soutien à la création par l’acquisition de pièces.
La Fnac mécène les photographes et se place dans la position d’un prescripteur dans le monde de la photographie. C’est elle qui édicte les tendances, les grands photographes en devenir. Elle suscite l’attente et la curiosité pour sa programmation d’expositions et se forge une image d’enseigne innovante dans un domaine artistique en devenir, aux côtés du cinéma, de la musique et de la littérature.