Colorama
La vie en Kodak
17 06 ... 17 09 2017
vernissage / vendredi 16 juin 2017 à 19h

Commissariat : François Cheval, Caroline Lossent, Gilles Mora
Tirages : laboratoire du musée Nicéphore Niépce sur papier Canson Infinity Photosatin premium RC 270g
Contrecollages : Ooblik
Exposition coproduite avec le Pavillon populaire, espace d’art photographique de la Ville de Montpellier, avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Bourgogne-Franche-Comté
Remerciements :L’équipe de Kodak France
The George Eastman House, Rochester, Etats-Unis
L’association CECIL (Cercle des conservateurs de l’image latente)

Les Colorama, images panoramiques aux dimensions exceptionnelles, sont dès 1950 au service de la promotion de la marque Kodak. Ces tirages de près de 18 mètres sont installés dans la gare Grand Central de New York et se font rapidement connaitre comme étant les plus grandes photographies du monde. Promouvant le matériel de prise de vue de la marque, ces images figurent, par les mises en scènes spectaculaires, presque surréalistes, l’expression la plus évidente du rêve américain d’après-guerre.

De 1950 à 1990, la firme américaine Kodak produit les Colorama  : des images panoramiques colorées et mises en scène aux dimensions monumentales (18 mètres de large sur 5,5 mètres de haut). Ces diapositives rétro-éclairées aux couleurs éclatantes sont installées dans le hall de la gare de Grand Central à New York. Renouvelées toutes les trois semaines environ, elles créent un véritable rendez-vous visuel, générateur de sensations et de commentaires.

Ces publicités hors normes dépassent la simple promotion de matériel de prise de vue Kodak, elles figurent la vie parfaite que l’on immortalisera par la photographie. Leur réalisation complexe est confiée à quelques photographes de renom (Ansel Adams, Eliot Porter, Ernst Haas), et majoritairement aux photographes de l’entreprise.

Les conditions de réalisation de la fresque s’avèrent particulièrement complexes. Véritable prouesse, le Colorama demande à chaque étape de sa fabrication la résolution de problèmes inédits. Tout est hors de proportion. A la question complexe de l’optique s’ajoutent les limites de l’Ektacolor . Les appareils de prise de vue panoramique traditionnels, conçus pour le paysage sont aménagés, voire bricolés, par les ingénieurs et les techniciens de Kodak. Le développement, lui, requiert un agrandisseur spécifique élaboré à l’usine-mère de Rochester. Plus de seize heures sont nécessaires pour cette opération ! L’étape de la retouche est, elle aussi, démesurée. Il faut en effet corriger les défauts sur une fresque de 100 m². L’image finale est confectionnée à partir de 41 bandes de transparents positifs.

Plus qu’un panorama, le Colorama est un spectacle de masse et un monument à l’optimisme des années 1950. On se reconnait ou aimerait se reconnaître dans ces apparences d’harmonie, ces scènes de bonheur intemporel et perpétuel où le ciel est toujours bleu, la nature vaste et préservée, où la famille est toujours unie, entourée d’objets lui procurant bien-être et épanouissement.

Chaque image ressasse les valeurs d’une société américaine blanche, anglo-saxonne, matérialiste et patriote, les mythes de l’Amérique des pionniers. Il faut attendre 1967 pour voir apparaître les premiers modèles afro-américains. Les Colorama n’ont pas pour but de témoigner de la société américaine, mais de créer une image sereine incitant à l’achat des produits Kodak. Le caractère naïf et factice des scènes est évident, apprécié même, constituant une échappatoire au réel. Tel l’épisode d’une série télévisée, chaque Colorama est l’équivalent d’un autre, celui qui le précède tout comme celui qui le suit. Figurant un matérialisme confiant et un certain american way of life , il contribue à l’élaboration d’un univers référentiel bienveillant, la constitution d’un imaginaire national collectif. S’appuyant sur le rêve américain, le Colorama affirme un modèle et ses valeurs : celui de la nouvelle société de consommation.

Objets uniques, les 565 Colorama produits durant 40 ans ont tous été détruits après utilisation. Les tirages présentés dans cette exposition ont été réalisés par le laboratoire du musée Nicéphore Niépce, à partir de plans films des années 1950 à 1970 conservés dans ses collections, pour une relecture attentive du marketing visuel déployé par la firme américaine.

Publication :
La vie en Kodak
Colorama publicitairesdes années 1950 à 1970
François Cheval, Gilles Mora
Édition Hazan
146 pages
24,95 €
Isbn : 9782754108188