Alexis Cordesse,
une rétrospective
15.10.2021 ... 16.01.2022

Alexis Cordesse réalise son premier reportage photographique en 1991, dans le nord de l’Irak, alors que s’achève la première guerre du Golfe. Il a vingt ans. Un nouvel ordre mondial triomphe. L’information en direct et en continu s’impose. Répondant à la demande des magazines, il couvre pour la presse française et étrangère les principaux conflits armés de l’après-guerre froide. Il découvre en même temps que les réalités de la guerre, les dilemmes moraux que l’action d’en rendre compte engendre. Confronté au déclin de la presse illustrée et d’une profession accusée de vouloir divertir au nom de l’information, il s’éloigne, à partir du milieu des années 1990, de cette pratique du reportage et d’une photographie simplificatrice qui sacralise la violence plus qu’elle ne donne à penser l’événement.

Alexis Cordesse s’impose comme le photographe de la réflexion et du temps long : en quête d’une nouvelle éthique du témoignage, il réinvente une durée et une distance à l’événement qui lui permettent de proposer des formes susceptibles de traduire une autre réalité que celle qui nous parvient généralement par le biais des représentations médiatiques. Adepte d’un regard décalé, après coup, il propose une vision qui restitue la complexité des évènements et leur dimension politique. À travers des ensembles qui interrogent la part de manque des images autant que leur potentiel d’imaginaire, il évoque les traces laissées par l’histoire sur les hommes et leur environnement.

L’exposition au musée proposera une rétrospective des travaux d’Alexis Cordesse et reviendra sur dix ensembles, dont certains présentés pour la première fois au public.

Kaboul, de guerre lasse
(1995)
La bascule dans sa démarche photographique intervient lors d’un reportage dans la capitale afghane en proie aux combats entre milices rivales. À côté des clichés attendus, Alexis Cordesse capte des sons, change ses points de vue, alterne images d’action et images contemplatives. Cette expérience le conduira à réaliser une série de courts-métrages à partir de son travail photographique et sonore.

Itsembatsemba (1996),
L’Aveu (2004),
Absences (2013)
Cette trilogie consacrée à l’évocation du génocide des Tutsi du Rwanda, dont la réalisation s’étend sur une période de dix-huit ans, illustre à la fois l’évolution de sa démarche et son souci de réexaminer sans cesse les faits pour concevoir, dans le temps, et la durée, des formes justes et cohérentes.

Border lines (2009-2011)
Réalisée dans une région du monde saturée de représentations médiatiques, cette série de panoramas recomposés grâce aux technologies du numérique évoque les frontières tangibles et intangibles qui fragmentent le territoire du conflit israélo- -palestinien.

Talashi (2018-2020)
Présenté pour la première fois à l’occasion de cette rétrospective, Talashi est un travail de réappropriation réalisé à partir de photographies personnelles que des exilés syriens, rencontrés en Europe et en Turquie, ont bien voulu lui confier pour réaliser une fresque mémorielle dont le caractère volontairement modeste amplifie le pouvoir d’évocation des éléments qui la composent.

Olympe (2015-2016)
Profitant d’un séjour en Grèce, Alexis Cordesse gravit le mont Olympe. La découverte de ce territoire se transforma en promesse poétique. L’ascension, il la réalisera finalement six fois, renouant à chaque occasion avec un état d’extrême présence au monde. De cette expérience sont nées des images qu’il a associé dans un deuxième temps, hors de toute logique documentaire, avec d’autres images réalisées à la même période pour créer des jeux d’échos secrets.

À côté de ces séries réalisées dans le hors-champ des images d’actualité, Alexis Cordesse s’impose comme un grand portraitiste. L’exposition présentera deux séries emblématiques de sa réflexion sur le portrait et permettra de découvrir un travail inédit.
Dans ces trois ensembles, c’est le temps long, année après année, la répétition des instants partagés qui instaurent une forme de confiance et de complicité avec les sujets.

La Bruja, fixes tropiques
(1999-2001)
Situé aux pieds des montagnes de la Sierra Maestra, le long de la côte orientale de l’île de Cuba, la Bruja tient son nom (en français : la sorcière) et sa réputation, d’une légende célèbre dans la région. Des siècles d’isolement et de vie austère ont profondément marqué leur culture. Alexis Cordesse y a travaillé comme photographe de village et a réussi à se faire accepter des habitants grâce à de précieux échanges : des images contre leur présence.

La Piscine (2003)
Été 2003, la piscine de Châtillon-Malakoff dans la banlieue sud de Paris, un studio en plein air à proximité du bassin. Alexis Cordesse réalise des portraits posés, très étudiés, qui célèbrent la présence au monde de chacun et la beauté singulière de ses modèles.

Juliette (2016-2020)
Juliette , série inédite, est un aboutissement de sa démarche de portraitiste. Gagnant la confiance de cette jeune femme, il produit une série de portraits desquels se dégagent tendresse et humanité.

www.alexiscordesse.com